Vues splendides, boissons rafraîchissantes et désaltérantes, cuisine du terroir revigorante : c’est dans le Palatinat que se trouve le réseau de refuges gardés le plus dense de toutes les moyennes montagnes allemandes. Cette spécificité repose essentiellement sur l’engagement de bénévoles. Visite chez les équipes des refuges Ringelsberg et Trifelsblick, tous deux situés sur le « Pfälzer Hüttentour », un sentier labellisé premium.

 

« Le but est dans le chemin. » La citation du philosophe chinois Confucius est connue dans le monde entier, et fait l’objet d’innombrables interprétations. Le plus simple est d’aborder Confucius avec le pragmatisme palatin : les jolis chemins sont nombreux, mais les destinations sont encore plus belles. Impressionnantes formations rocheuses, forêts frémissantes, imposants châteaux et surtout, refuges de randonnée. Inutile de préciser qu’ils sont la destination préférée des marcheurs. Car quel autre endroit vous garantit de tels fous rires malgré une ascension éprouvante ? Quel autre endroit vous fait aussitôt vous sentir chez vous lorsque vous vous mettez à table ? Quel autre endroit vous offre de délicieux plats faits maison au milieu de la forêt ? Les refuges Trifelsblick et Ringelsberg se situent respectivement à 550 mètres d’altitude au-dessus de Gleisweiler et à 463 mètres au-dessus de Frankweiler. Ils sont gérés par les sections locales de l'Association de la forêt du Palatinat (PWV, Pfälzerwald-Verein) de ces deux communes du sud palatin. Les deux refuges sont représentatifs des quelque 100 lieux d'accueil que compte au total le Palatinat. Ce large éventail est uniquement dû à l’exceptionnel engagement bénévole.

Le refuge Trifelsblick. Un dimanche de juillet, vers onze heures et demie du matin. Les randonneurs essuient la sueur de leur front et déposent leur sac à dos. Les cyclistes reprennent leur souffle et garent leur vélo sur le côté. En raison des températures élevées, l’afflux de visiteurs reste modéré. Mais les arrivants occupent progressivement les bancs devant le refuge. Les places les plus convoitées sont celles situées le long du mur longitudinal. Une clairière offre une vue dégagée sur le château fort de Trifels et le vaste couvert de la forêt du Palatinat. Pour conserver ce beau panorama, le PWV est autorisé à balayer le terrain sur une zone de 100 mètres en contrebas.

Boissons avec ou sans alcool. Fromage blanc, charcuterie traditionnelle ou soupe de légumes au cervelas. Au comptoir, les randonneurs et les cyclistes ont rapidement reçu sur leur plateau le rafraîchissement ou la collation qu’ils désiraient. Au refuge, l’équipe de service est active depuis environ huit heures. Ce dimanche-là, le refuge Trifelsblick a des allures d’« entreprise familiale ». Irmgard Buschbeck, son mari Dieter, leurs filles Sandra et Julia et leurs petits-enfants Hanna et Luca, font tourner la maison, ainsi que la sœur d’Irmgard, Brigitta, et son mari Harry Kühlmeyer. Cet homme de 68 ans préside la section locale du PWV depuis dix ans et son engagement dans l'association remonte à quarante ans déjà.

Alors qu’en cuisine, l’équipe émince les légumes et les oignons, fait cuire la soupe et assaisonne le fromage blanc, Kühlmeyer nous raconte les préparations de la semaine. « En milieu de semaine, je m’informe de la météo pour le week-end. Le jeudi, on commande en conséquence plus ou moins de marchandises chez le charcutier et le boulanger », explique-t-il. Comme le refuge n’est pas raccordé au réseau d’eau et d’électricité, il faut à chaque fois amener tout ce dont on aura besoin pour le week-end. Exception faite de la charcuterie traditionnelle maison en bocaux et des boissons qui sont entreposées dans un local frais entre le refuge et le rocher.

Le bus tout-terrain avec lequel on accède au refuge a été spécialement équipé d’un réservoir d’eau. Le réservoir en inox de la cuisine est alors rempli grâce à une pompe et permet de stocker temporairement environ 500 litres d'eau. Le courant est produit sur place par une installation photovoltaïque, puis stocké dans une batterie. Lorsque l’équipe commence son service au refuge, l’une de ses premières tâches consiste à mettre en route les réfrigérateurs. En hiver s’ajoutent un groupe électrogène au gaz, ainsi bien sûr que le poêle en faïence qui s’allume avec les réserves de bois constituées par l’association elle-même.

Pour une visite en juillet, le chauffage est totalement superflu. Dans la cuisine, les températures n’ont rien à envier à celles d’un sauna bio. C’est d’ailleurs dans cette cuisine que tout a commencé. Fondée en 1969, la section locale a commencé à construire le refuge en 1970, suivi en 1971 par la salle à manger. À l’intérieur, le refuge compte 130 places disponibles, vestibule inclus. À l’extérieur s’ajoutent 200 places supplémentaires. Il n’est donc pas étonnant qu’un seul service ne soit pas suffisant, lorsque, le dimanche, plusieurs centaines de visiteurs viennent chercher leur repas au comptoir. Et comme il n'y a pas de lave-vaisselle, la plonge est entièrement faite à la main.

« On nous a surnommés le refuge à pâtisseries », souligne Harry Kühlmeyer dans un sourire, mettant en avant la particularité du lieu. L’explication se trouve juste à côté du comptoir. Derrière une vitrine, gâteau aux pommes, gâteau au fromage et « Donauwelle » (vague du Danube) font de l'œil aux visiteurs. Et Brigitta arrive à l’instant du village pour réapprovisionner les stocks. Le moule contient un gâteau encore tout chaud. Bien rodée, l’équipe familiale est en service trois à quatre fois par an. Le samedi et le dimanche. Les autres week-ends, toutes les associations de Gleisweiler participent tour à tour à la gestion du refuge, suivant le plan annuel élaboré à cet effet. Cette organisation est indispensable car le service nécessite toujours la présence sur place d’au moins quatre à cinq bénévoles. En haute saison, comme au printemps, à la fin de l’été et en automne, ce nombre peut même aller jusqu’à huit.

 L’auberge Ringelsberg. Ici aussi, le service bénévole est assuré par quatre à huit personnes en moyenne. « Beaucoup s’engagent activement sans même être membres. En tout, nous disposons de 200 à 250 bénévoles », explique Martin Hagelstein. Cet homme de 31 ans est président de la section locale du PWV pour la commune de Frankweiler depuis 2012. D’autres associations de la commune sont aussi impliquées dans la gestion du refuge. Hagelstein se réjouit tout particulièrement des groupes de jeunes qui se sont formés au sein du PWV. L’âge de leurs membres va de huit à 18 ans. Le secret de ce succès ? « Il faut les laisser faire. Chacun peut participer à sa manière. », voilà la base de l’activité entièrement bénévole, selon Martin Hagelstein. Sans oublier qu’en guise de récompense, les bénévoles peuvent utiliser le refuge pour leurs réunions de famille ou leurs fêtes entre amis.

Au refuge Ringelsberg, on s’attache à tout bien préparer à l'avance afin d’éviter de trop longues files d'attente aux visiteurs. Les préparations pour le dimanche suivant commencent toujours au moment où l’on fait le bilan de celui qui vient de se terminer. On détermine les besoins en boissons et nourriture et on passe commande en conséquence chez les boulangers ou les vignerons du village. Le bulletin météo du milieu de semaine constitue ici aussi un point de repère important, pour savoir notamment quelle quantité de vinaigre, d’huile et de concombres en petits morceaux sera nécessaire pour la sauce de la salade de saucisses. Le samedi, la clé et le fond de caisse sont déposés dans un bar à vin de Frankweiler, puis récupérés par l’équipe de service. Le dimanche, les bénévoles montent vers 9 heures au refuge, en emmenant avec eux les pains et bretzels préparés par le boulanger. À leur arrivée, ils doivent ouvrir les volets, descendre les chaises des tables et se mettre au travail. Le refuge est raccordé aux réseaux d’eau, d’électricité et d’évacuation des eaux usées et dispose d’une ligne téléphonique ainsi que d’un réservoir à gaz. Avant d’accueillir les premiers visiteurs de la journée vers onze heures et demie, l’équipe s’applique à tout préparer dans la cuisine entièrement équipée pour assurer un service de restauration : couper les concombres, préparer le raifort pour les « Fläschknepp » (spécialité de boulettes de viande du Palatinat) et trancher le pâté en boîte. Lorsque les quelque 150 places en intérieur et 100 places en extérieur sont progressivement occupées, tout se déroule comme à l’accoutumée. Les plus convoitées sont les 50 places de la « terrasse bien-être », une plateforme d’observation aménagée en 2013 devant le refuge et offrant une vue imprenable sur la plaine du Rhin. « La journée a généralement tendance à s'achever vers 16 heures » nous indique Martin Hagelstein. Mais parfois, le service ne se termine pas avant 21 heures avec le nettoyage du refuge.

Le président de la section locale est fier de cette organisation optimale. Il n’a qu’un seul souhait, car les attentes des visiteurs sont de plus en plus élevées. « Le travail bénévole ne devrait pas être perçu comme une évidence. Notre service n’a rien à voir avec celui d’un restaurant, mais les équipes du refuge se réjouissent tout de même de recevoir des signes de reconnaissance. Cela peut tout à fait prendre la forme d’un pourboire. Mais il faut savoir que nous aussi préférons parfois boire une boisson fraîche », précise Martin Hagelstein. Par leur soutien moral et matériel, les visiteurs font donc en sorte que la culture des refuges subsiste à travers le bénévolat : ces lieux de convivialité, véritables petits paradis forestiers, sont et resteront toujours une spécificité incontournable du Palatinat. C’est pour cette raison que la citation de Confucius se traduit en dialecte palatin par : « Le but, c’est le refuge ».